Etre citoyen

  

 

CAHIER-JOURNAL DE L'UNION FÉDÉRALE - ETRE citoyen auhourd'hui 

                  Etre citoyen aujourd'hui 

Boris Rybak 

Professeur émérite de physiologie à la Sorbonne Membre du conseil exécutif de l'Institut International des  Droits de l' Homme et de l'Association pour la fidélité à la pensée de RENE  CaSSIN

 

 

Chers amis, 

Etre citoyen aujourd'hui c'est avant tout être démocrate. 

La démocratie est fondée sur le gouvernement des citoyens et la notion explicite de citoyen vient des Grecs anciens. En France vers le xiie siècle, on appelait l'habitant des villes un citein, pour citadin, ceci à donné le mot citoyen. 

La Cité était une structure psycho-socioéconomique communautaire regroupant les exigences humaines dans un espace construit compact de sédentarisation; cela implique une bonne organisation, une bonne entente. Actuellement c'est l'ensemble Pays-Etat qui est Cité. 

Or nous vivons une heure grave, très grave, parce que le concept de démocratie est un concept qui peut être tourné, comme peuvent l'être les Droits de l'Homme; précisément la démocratie ne manque pas de scandales. Mais il n'y a pas de plus grand scandale que la tyrannie. 

Donc une démocratie, mais une démocratie à la hauteur du 3° millénaire que nous allons aborder, une démocratie en quelque sorte bien éveillée, une démocratie qui comprend et agit en conséquence. 

On a répété pendant quelques années qu'aller à l'école c'était " apprendre à apprendre ". Je ne vois pas très bien ce que cela veut dire. L'école c'est apprendre à comprendre

A comprendre notre monde, à nous comprendre nous-même, sinon il y a pas de citoyenneté possible.

 Nous ne pouvons pas vivre sans référence dans un système qui en exige de plus en plus. 

Alors cette période extrêmement grave que nous vivons, dont nous souffrons, est une période de transition, de réexamen profond. 

II ne faut pas avoir peur de s'auto-examiner, de se mettre en question devant le mur face auquel nous nous trouvons, et en conséquence, il y a un certain nombre de lois dans la Nature qu'il faut avoir entendu.

 La première, c'est que tout être humain a au moins un ancêtre commun. Cela veut direque nous relevons de mouvements de génération unique qui s'est différenciée, diversifiée; ce premier point exclut en quelque sorte toute non-fraternité. En fait la notion de fraternité est première. Notre situation sur Terre est unique : nous sommes les seuls en effet à posséder la conscience de la conscience : un chien, par exemple, va reconnaitre son maître, il est donc e d'une certaine représentation, d'une certaine sémantique, mais nous, nous pouvons aller beaucoup plus loin.

 La conscience de la conscience, c'est dire que nous avons déjà un contrôle de notre sémantique de base, par un système plus évolué qui est le système de signification précisément.

Ceci est extrêmement important. Ce que l'on entend, ou voit, aujourd'hui dans la presse ou ailleurs est vraiment inquiétant. Lorsqu'on parle de Droits de l'Homme, on parle nécessairement d'une conduite envers l'autre, et donc envers soi-même; si on méprise l'autre c'est que l'on se méprise plus encore : multiplication des faits ,divers notre origine animale... 

Où est l'Homme alors? 

C'est que nous sommes capables de certaines motivations qui sont des motivations de pulsions, de désirs, de libidos qui peuvent dépasser leurs limites, cependant que nous avons, par notre cerveau humain, zoologiquement unique, une capacité de contrôler ces pulsions, ces libidos! 

Je voudrais vous décrire la situation. On parle de cerveau, en fait il y en a trois dans notre tète. Dont un qui va régler les fonctions hormonales, donc des pulsions; ce cerveau endocrinien est associé à un système beaucoup plus complexe avec des cellules nerveuses, qui constitue ce que l'on appelle le système limbique

Ce système limbique intègre toutes nos fonctions viscéro-végétatives, nos tendances à ce qui est viscéro-végétatif. Les Hommes qui n'ont pas dépassé ce stade vivent. évidemment un état systématiquement contraire - il n'y a pas de contradiction dans la Nature, car s'il y en avait, il n'y aurait pas de Nature, mais il y a des contraires; or, il y a contraire et contraire. Ainsi, ce que j'ai entendu lors de vos débats sur les motions, montre le rôle éclairant du jeu dialectique des contraires cherchant solution dans la complémentation des propositions et positions. Par sa vie réflexive, l'Homme est un être qui reconnaît les problèmes et peut les, résoudre. Mais il y a aussi le contraire comme négation maligne; il faut savoir minimiser les contraintes de l'animal qui est en tout être humain. C'est cela la gloire de l'Homme, c'est cela sa grandeur, parce qu'il a la responsabilité de la Terre en tant que Terre = Vie... 

"Roi des animaux", mais laissons cette royauté de côté... Il est responsable des animaux, et de lui-même. Alors, troisième aspect de la chose : dans le cerveau humain existe une structure qui, beaucoup plus récente évolutivement parlant, s'appelle le néocortex.

 Le néocortex est le centre de la vie analytique et de la vie synthétique au plan des représentations, donc des significations; il va être capable, par exemple, de distinguer des mots à partir des syllabes, des concepts à l'aide des mots, etc. 

Ceci est effectué par des populations neuroniques qui sont généralement situées dans l'hémisphère cérébral gauche et qui vont effectuer un travail de classement - signaltique indiquant que telle chose est ceci et pas exactement cela, etc. Travail fantastique! D'autant plus extraordinaire que, si l'on veut bien considérer qu'en parlant couramment une langue, on met en jeu conjointement la syntaxe et le lexique - la syntaxe qui va organiser le lexique -et que cela s'effectue dans le domaine des millièmes de seconde! 

C'est donc qu'il y a une vive capacité chez l'Homme de concevoir, de se représenter, de mieux se comprendre, ce qui est tout à fait exceptionnel, et, chose remarquable, ce néocortex va jouer un rôle Inhibiteur sur les fonctions limbiques, moins évoluées. Or il y a une phase qui est très dangereuse chez l'Homme, c'est la phase de puberté. Dès l'âge de 7 ans environ, le régime hormonal change, le comportement change et, ce, avec des manifestations égo-sociales bien marquées; puis vers l'âge de 12 ans ou 15 ans - cela dépend de beaucoup de facteurs écogénétiques -, c'est la puberté. A ce moment-là, ce phénomène d'imprégnation hormonale des cellules nerveuses va jouer un rôle capital : les hormones sexuelles vont amener une perturbation dans le comportement, pendant et, selon les cas, après cette période de passage entre la puberté commençante et finissante c'est-à-dire l'adolescence, une période difficile pour le jeune être humain. D'où, trop souvent ces dysfonctionnements dans le comportement de cette jeunesse de 15 ou 16 ans, d'ici et d'ailleurs, c'est une phase de déséquilibre transitoire, mais qu'il faut rendre transitoire. Sinon le jeune restera toujours un être insuffisamment mature, soumis à des pulsions incontrôlables. Ce n'est plus une question d'âge, on peut être limbique à 60 ans... 

Alors l'être ne peut plus fonctionner dans ses relations normales, (le normal c'est le physiologique; cela existe le normal, ce n'est pas un mythe!). La liaison entre son système néocortical et son système limbique est défectueuse, d'où cette difficulté pour le jeune à pénétrer dans notre monde. 

Voilà un premier point qu'il faut bien comprendre, comprendre au niveau du caractère éducatif des parents. qui généralement ne savent pas ce qu'il en est. Pour cette longue venue au monde, avec la naissance et ses soins de survie et croissance, vient le moment de ces autres soins pour le jeune pubéral. Il faut l'aider sous peine d'en faire un handicapé limbique, esclave des pulsions telles que maintenant on les exploite en tout média (n'est-ce pas une tyrannie?). D'autant plus que l'école a été caricaturée. 

On a même écrit un livre qui s'appelle "une société sans école", c'est absurde! La vie humaine entière est une école. Et comment comprendre, si ce n'est en passant par l'acquisition des données du monde? Pour vaincre les difficultés, il faut apprendre le difficile, autrement les jeunes seront victimes et ou bourreaux. Ainsi en premier lieu, le problème est celui de la capitulation de l'éducation parentale. 

Les parents sont responsables de n'être pas toujours des parents mais seulement des géniteurs, comme la rue école limbique, l'école brouhaha sont responsables d'une sorte de décivilisation.

 En conséquence, première condition comprendre ce qu'est notre aujourd'hui. Deuxième loi. de la Nature: puisqu'il existe un censeur qu'est le néocortex jouant un rôle modulateur sur les pulsions, il n'est pas interdit d'avoir des pulsions, mais il est interdit de n'avoir que des pulsions...

 Donc ce rôle de contrôleur, analyseur, synthétiseur du néocortex fait que justement un RENE CASSIN est possible et que nous l'approuvions. 

C'est dire que l'Ethique, là encore, n'est pas une chose surimposée que l'on plaque artificiellement sur la Fonction humaine. Vous êtes un Homme? Prouvez-le, au plan de l'humain que vous avez en vous. 

Alors les Droits de l'Homme, ce n'est pas autre chose qu'un aspect de l'Ethique, c'està-dire du comportement moral (= qui concerne les moeurs) ; dans ces conditions, les Droits de l'Homme sont associés intrins- séquement à l'Ethique et. celle-ci. à notre néocortex. qui nous fait ordonnance d'être capable de contrôler la partie bestiale de notre être.

 D'autre part une société, ce n'est pas une foule. Une société est un Système où il y a des coordinations, des rétroactions: si vous vous appuyez sur une table, pourquoi elle ne s'effondre pas? Parce qu'il y a une réaction mécanique de la table. Si vous agissez sur un certain point, il va y avoir une rétroaction des points connexes. 

Cette rétroaction peut être positive - elle peut accélérer le mouvement - ou - négative - elle le freine. Donc un système est capable de s'adapter; fait Homme il est capable de comprendre; fait oecumène, il est capable d'humanisation toujours plus poussée. Nous vivons, en effet, encore l'Hominité, nous ne vivons pas encore l'Humanité. L'Humanité implique cette exigence d'être citoyen de l'âme et de son corps, c'est-àdire d'avoir cette capacité de gérer la cité du cerveau en même temps, je pourrais dire, la cité du coeur, il ne faut pas l'oublier. 

On se trouve avec la foule dans une autre situation; la foule est une réunion d'individus qui va vers un seul élément de désir, un match de football par exemple. Notons que devant les difficultés de faire passer nos jeunes de l'état de l'enfance à l'état mature, à l'état adulte, des sociologues ont conseillé le sport. Bravo. Mais pas seulement le sport! Ses foules d'ailleurs, lorsqu'il y a quelque dérangement, deviennent d'une violence inouïe... Ce ne sont pas des sociétés. 

Alors il faut choisir une démocratie éclairée. 

Je dis une démocratie éclairée. c'est-àdire; de gens capables de s'autogérer. Ceci compris, il y a d'autres difficultés à considérer; en particulier, il n'y a pas encore longtemps, je dirais 20 ans, on avait une conception de l'ordre qui était l'ordre bien rangé, un peu comme des dossiers que l'on met les uns à côté des autres; quant au désordre, c'est l'anarchie. Ce sont là des conceptions séculaires. Mais, attention à trop de formalisme, il faut être réaliste. II ne suffit pas de vouloir d'ailleurs que les gens soient bien rangés, (les armées des grands tyrans modernes étaient bien ordonnées...) il faut qu'il y ait autre chose.

 

QU'EST-CE QU'UN ORDRE ? QU'EST-CE QU'UN DÉSORDRE?

 Petit historique: la parole est un cas particulier de la ventilation; lorsqu'on parle il y a de l'air qui sort par la bouche, voire le nez. Lorsque je souffle sans parler de l'air sort aussi. Dans un cas comme dans l'autre l'air est turbulent (= chaotique) mais pour la parole il est ordonné quoique constitué de désordre : si je dis/PA/l'enveloppe a l'allure d'une canne de golf, si je dis/TA/c'est presque une sphère, vraiment en ordre chaotique. comme je l'ai nommé. Aujourd'hui tout est ordre chaotique : l'univers est un ordre chaotique, l'atome est un ordre chaotique, le coeur fonctionne par ordre chaotique, le cerveau aussi, on parlait de la presse tout à l'heure - comme la langue d'ESOPE, c'est la meilleure et la pire des choses - elle peut structurer ou agrandir le désordre, etc. La nature des choses nous donne une leçon de démocratie: pas assez d'ordre c'est l'anarchie trop d'ordre c'est la Tyrannie. Etre citoyen aujourd'hui c'est nous situer justement dans cette optimalisation aussi bien en nous qu'envers les autres -, entre cet excès d'ordre et cet excès de désordre. 

La chose est difficile parce que chaque cas est un cas de figure; c'est là où l'éducation est incontournable. 

Vous ne pouvez pas vaincre la difficulté par la facilité, vous pouvez la vaincre si vous avez pris conscience de la conscience dans telle situation de votre avenir immédiat ou lointain et ainsi donner une solution.

 Un Homme ignorant est la proie facile des tyrans. II faut pour chacun une propédeutique à l'état adulte, car les prédateurs attendent leur proie. Avec toute l'hypocrisie que l'on sait développer aujourd'hui, on ne fera plus de tyrannies, disons totalement explicites non! Ce que l'on peut craindre c'est ce mouvement souterrain d'une - dé-démocratisation par un mouvement de prise sur l'âme des gens, en leur retirant leur capacité critique; c'est-à-dire analytique. Alors, incapables de pondération, de penser, ils sont livrés pieds et poings liés à toutes les fantaisies de la tyrannie - la forme ta plus perfide de la guerre : non détruire l'adversaire, mais le réduire en esclavage, pour l'exploiter, pour qu'il ne soit plus qu'un ventre... ce qui n'est pas la destinée de l'Homme, tout le monde le sent bien. Or, combien de gens lisent des livres, vraiment des livres? Regardons les copies des facultés, des lycées et le comportement de bien des élèves alors qu'en principe une classe est un endroit où l'on vient écouter quelqu'un qui se dévoue vraiment pour transformer l'inconnu qu'est l'individu-en connu qui sera- la personne!

 Nous sommes actuellement cinq milliards (x?) sur Terre, personne ne sait vraiment, les statistiques démographiques non seulement pour la Chine, l'Inde ne sont pas garanties.

 La croissance en nombre de l'être humain est une croissance dangereuse; il ne s'agit pas en effet d'une croissance linéaire à petit coefficient angulaire, c'est une exponentie!le!Alors que la Terre n'est pas en tout lieu mêmement habitable! II en résulte qu'actuellement nous sommes presque sur la verticale de cette exponentielle... Aussi lorsqu'ors vient vous dire qu'il faudrait être dix milliards, voire plus, sur Terre, aucun démographe ne peut accepter cela. Ce serait le commencement de ce monde terrible du "Leviathan", du philosophe anglais HOBBES, la guerre de tous contre tous... 

Je viens de vous parler de phénomènes qualitatifs. II s'agit ici d'un phénomène quantitatif. On ne voit pas très bien comment notre satellite Terre - où nous devrions quand même être les coéquipiers d'une aventure de l'espace de l'esprit -, on ne voit pas très bien comment avec dix ou quinze milliards d'Hommes on serait plus heureux ou moins malheureux. 

C'est là un point extrêmement grave, nommé "bombe démographique".

 II est important de bien le comprendre parce que la citoyenneté, ici, tend à se dissiper. Nous allons à une structure qui tend à devenir une structure de foule. D'ailleurs regardez combien dans un monde, dit "de la communication", l'incommunicable est grand. Voyez comment les gens ne se connaissent pas et pourtant ils ont des rapports commerciaux, culturels, etc. mais ils ne se connaissent pas. Voilà de grands points sur lesquels il faut faire avancer notre si ardue problématique. La solution n'est pas dans la facilité, le laxisme!    

C'est sur cette base réflexive que l'on peut vraisemblablement dépasser l'absurde. Dépasser l'aporie dirai-je plutôt, c'est-à-dire cet état où il ne semble plus y avoir d'issue positive. 

On arrive à dépasser les apories, formant ce que j'ai nommé aporie ,génitrice.

 Prenons des exemples : soit, le passage de la forme Australopithèque notre lointain ancêtre, à notre présente forme. Cela a été notamment deux, disons, apories génitrices; d'abord celle qui a conduit à Homo erectus. notre grand-père si l'on peut dire, et, à partir d'Erectus celle de l'apparition d'Homo sapiens sapiens. Supposons un philosophe Erectus Aurait-il imaginé autre chose qu'un avenir Erectus? Et, pourtant nous en sommes le palimpseste, si ce n'est la palinodie. 

Voilà donc des points qui sont tout à fait essentiels, et je voudrais maintenant passer au concret du présent, pâme qu'il ne s'agit pas de philosopher d'abord et vivre ensuite (le vieux dicton dit bien " vivre d'abord et après philosopher "). En tout cas, aujourd'hui, comme ordre chaotique il y a une vie capable de raison, parce que, l'Homme sapiens sapiential. c'est donc bien l'apparition de la vie réflexive sur Terre (réflexive, cela signifie : susceptible de retraiter l'information; soit : je reviens sur ce que j'ai compris, j'ai dis ce que j'ai dis et je vais donc faire une analyse sur ce que je pense). 

L'Homme qui pense, le sage, la sagesse c'est l'Avenir! ou bien ce sera la destruction pour des tas de raisons objectives que nous créons, que nous sommes en train de créer. Si nous n'y prenons pas garde, l'actuel concret?... 

Je voudrais justement le diviser, disons en trois segments. Nous avons entendu ici même combien l'injustice, enfin une certaine injustice, une certaine iniquité dépend strictement de conditions économiques dans une période de crise (qui n'est pas seulement économique mais psycho-socio-économique). Donc: crise morale, crise économique et crise de la société, si ce n'est crise de l'Homme. 

Au plus tôt, il faut que l'aporie soit génitrice. 

Pouvoir déjà apaiser cette plainte silencieuse qui se manifeste par des actes de violences, quels qu'ils soient. Je voudrais  vous parler d'une façon un peu technique de On en dépose dix fois plus aux Etats-Unis, ces choses-là. on en dépose vingt fois plus au Japon.

 Nous vivons une société avancée et certains philosophes, mais seulement des philosophes, parlent même de société post-industrielle.

Je ne suis pas très sûr de ce qu'ils veulent dire, parce que je vois plutôt de l'industrie qui se développe pour le meilleur, quand même, de l'Homme : les communications, l'astronautique, les questions de représentations d'images, l'agroalimentaire, la technologie médicale (l'espérance de vie aujourd'hui de 75 à 82 ans... quand on pense que notre ancêtre préhistorique vivait en moyenne 25 ans!). Atteindre le 3e millénaire, nous ici, en France : il faut évacuer tout archâisme qui gêne l'humanisation. 

On ne peut s'installer dans la récurrence, c'est-à-dire : je vis comme vivais mon père et mon fils vivra comme je vis[ Attention il y a danger de mort! Et en conséquence : développer un système véritablement producteur de richesses et pas seulement un système d'échange de richesses. 

Vraiment produire des richesses, cela passe par quoi? Les industries agronomiques bien sûr, elles ont été parmi les premières, mais aussi par l'industrie au sens de l'électronique, de l'optique, de la métallurgie, du traitement des matériaux, etc. dont la conception et la fabrication capitales d'instruments de mesures (car " au début était le verbe ", quel verbe?... peut-être le nombre... en effet, on a trouvé les plus anciens signes gravés sur pierres qui représentent des points cupulaires et des barres, transverses, signalétique de passages d'animaux ou nombres déjà? En tout cas, façon de s'exprimer, donc le verbe premier n'était peut-être pas qualitatif).

Aujourd'hui on ne peut pas concevoir une citoyenneté qui ne soit associée à une certaine prospérité. 

On ne peut pas plaider la paupérisation, la pauvreté comme vertu, c'est l'inverse qui est vertu. C'est de vivre = de vivre avec un cerveau qui réfléchit, qui pense, qui découvre, qui crée. Je vais vous donner quelques chiffres : en France, aujourd'hui on dépose environ douze mille brevets par an (le brevet, c'est un signe de présence au monde constructif, de non dépendance industrielle, de santé industrieuse). 

 Alors, avant de se lancer dans des grand discours philo-socio-politiques, il faudrait peut-être prendre conscience de cela. 

D'ailleurs, fait plus grave encore, dans ce douze mille brevets, beaucoup ne sont pas déposés par des Français et surtout relativement peu sont exploités industriellement. 

N'est-ce pas là une sorte d'impéritie, d'incompréhension du monde d'aujourd'hui? Trop de Finance, pas assez d'Economie. 

Nous connaissons notre ennemi il s'appelle le chômage. 

II y a deux sortes de chômage : il y a un chômage d'incompétence de la jeunesse avec les échecs scolaires, mais, il y a aussi un chômage de compétence marginalisée avec préretraite, mise à pied... Que faire?

 J'ai une proposition concrète : elle repose sur l'intérêt que j'avais des problèmes sociaux et sur ce fait qu'avant d'être mobilisé j'ai été chargé de mission à la Direction de l'Enseignement technique du Ministère de l'éducation nationale de la Libération; nous avons rédigé le premier projet de baccalauréat technique en 1944 et examiné des questions d'orientation professionnelle. L'expérience de la crise de l'occupation posait des problèmes humains et économiques qui se reposent comme crise avec des facteurs communs de nos jours. Actuellement j'arrive à ceci 

Nous avons d'un côté des brevets inexploités qui sont bons et de l'autre des chômeurs 

Ma conclusion est qu'il faut en venir d'urgence à la création de ce que j'appellerai des ateliers coopératifs. On réinsère ainsi, dans le tissu économique, ceux qui en ont été débauchés malgré une certaine compétence professionnelle et qui iront former des unités productives; la Société entière s'en trouvera renforcée. 

D'autre part pour les jeunes sans qualification professionnelle, il faut aussi créer de ces structures qui seraient des ateliers-écoles coopératifs où ils recevraient une bourse. Cette proposition ne concerne pas la région française seulement, mais aussi l'Europe. 

Merci de votre attention. 

 BR Professeur émérite de physiologie à la Sorbonne Membre du conseil exécutif de l'Institut international des Droits de L'Homme(Strasbourg Et de l'Association pour la fidelite a la pensee de Rene CASSIN. 

CAHIER-JOURNAL DE L'UNION FEDERALE - N° 65 - 5e bimestre 1996 - Spécial Congrès - Page 13

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