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LE LINCEUL DES MARÉES

  J.-F. CHAB B RUN  

La part qui revient, dans le cycle de la connaissance, à la poésie verbale est particulièrement Ingrate.

Il ne s'agit rien moins, en effet, que d'ouvrir à l'esprit des appétits et de lui fournir des pâtures sans cesse renouvelées par des moyens qui ne lui servaient pourtant jusqu'alors qu'à s'exprimer, c'est-à-dire aussi à s'isoler toujours plus dange reusement au milieu d'une réalité qui le dépasse, l'enveloppe et l'interpénètre au point de le condamner à une stérilité rédhibitoire s'il se refusait à ne vouloir rien refléter d'autre que ce qu'il a déjà senti, vu ou compris.

Il n'y a pas loin de l'attitude réaliste traditionnelle à celle du schyzophréne à qui sa réalité suffit, qui s'y enferme et en meurt.

Tout autre est l'effort de la poésie contemporaine que je voudrais pouvoir appeler poésie actuelle, si l'an voulait bien entendre le sens étymologique de  cette expression.  Bien -loin de vouloir exprimer la personnalité d'un homnie particulièrement doué, elle tend air contraire à crever le plafond de la personnalité et à n'utiliser l'outillage verbal que comme moyen d'atteindre pratiquement une réalité qui nous échappe encore dans sa quasi totalité.

Le fait cependant d'utiliser à de telles fins des mots forrnellement Identiques à ceux qui ne  servaient auparavant qu'à des fins beaucoup plus restreintes entraine évidemment une certaine confusion, ne serait-ce qu'en raison des habitudes acquises.

Qu'on se souvienne pourtant que le mot est avant tout un objet, l'un de nos objets usuels les plus indispensables même,

et qu'à-ce titre il doit être, comme le soulignait récemment Gérard de Sède, considéré comme un produit circulant dans l'économie générale de nos désirs et de nos sensibilités.

Il Incombe à certains poètes, qui ne le sont d'ailleurs que par leur refus de considérer le verbe comme une monnaie tributaire d'un certain capital rationnel arbitraire, d'affirmer leur volonté de ne plus laisser dépendre le sort du produit dont ils ont charge que du seul besoin et du seul désir humain.

En déployant le, Linceul des Marées, BORIS RYBAK nous découvre, du même coup, l'immortelle Image de la Liberté qui s'avance, dans la nuit , parée de mots-en flamme.

 

J.-F. CHAB B RUN                                                       (Poeme 1943 edité 45)

Existe t il 2000 feuillets en attente d etre publiés suivant les voeux testamentaires de BR  ?

Nombreuses references dans la Quinzaine Litteraire  Paris

 

 

 

 
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