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LE LINCEUL DES MARÉES
La part qui revient, dans
le cycle de la connaissance, à la poésie
verbale est particulièrement Ingrate.
Il ne s'agit
rien moins, en effet, que d'ouvrir à l'esprit des
appétits
et de lui fournir
des pâtures sans cesse renouvelées par
des moyens
qui ne lui servaient pourtant jusqu'alors qu'à s'exprimer,
c'est-à-dire aussi à s'isoler toujours plus dange
reusement au milieu
d'une réalité qui le dépasse, l'enveloppe et l'interpénètre
au point
de le condamner à
une stérilité
rédhibitoire s'il
se refusait à ne vouloir rien refléter d'autre que ce
qu'il a déjà senti,
vu ou compris.
Il n'y a
pas loin de l'attitude
réaliste traditionnelle à celle
du schyzophréne à
qui sa réalité suffit, qui s'y enferme et
en meurt.
Tout autre est l'effort de la
poésie contemporaine que je
voudrais pouvoir appeler poésie actuelle,
si l'an voulait bien
entendre le sens étymologique de cette expression. Bien -loin de vouloir exprimer la personnalité d'un homnie particulièrement doué, elle tend air
contraire à crever le plafond de
la
personnalité et à n'utiliser
l'outillage verbal que comme moyen d'atteindre pratiquement une réalité
qui nous échappe encore dans sa quasi
totalité.
Le fait cependant d'utiliser à de telles fins
des mots forrnellement Identiques à ceux qui ne servaient
auparavant qu'à des fins beaucoup plus restreintes entraine évidemment une certaine confusion, ne serait-ce qu'en raison des habitudes acquises.
Qu'on se souvienne pourtant que le mot est avant tout un objet, l'un de nos objets usuels les plus indispensables même,
et qu'à-ce titre il
doit être, comme le soulignait récemment Gérard de Sède, considéré comme un produit circulant dans l'économie générale de nos
désirs et de nos sensibilités.
Il Incombe à certains poètes, qui ne le sont d'ailleurs que
par leur refus de considérer le verbe comme une monnaie tributaire d'un certain capital rationnel arbitraire, d'affirmer leur volonté de ne plus laisser dépendre le sort du produit dont ils ont charge que du seul besoin et du seul désir humain.
En déployant le, Linceul des Marées, BORIS RYBAK nous
découvre, du même coup, l'immortelle Image de la Liberté qui s'avance, dans
la nuit ,
parée de mots-en flamme.
Existe t il 2000 feuillets en attente d etre publiés suivant les voeux testamentaires de BR ?
Nombreuses references dans la Quinzaine Litteraire Paris
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